Florian Möllers - Ijsselmeer, Pays Bas
April 6th, 2009 Posted in Uncategorized, Western EuropeOther Languages:
Il y a deux ans de cela, j’ai rencontré un pêcheur chinois sur le bord de la rivière Li. Il avait 76 ans et pêchait avec des cormorans depuis plus de 60 ans. Et il ne pouvait tout simplement pas croire qu’un oiseau que tout le monde dans son pays adore soit le sujet de tant de haine et de discussions furieuses en Europe.
Bien que le grand cormoran soit de loin l’espèce d’oiseau la plus connue et la plus longuement étudiée en Europe, il n’en demeure pas moins qu’il était au bord de l’extinction il n’y a pas si longtemps de cela. Ces oiseaux ont été massacrés par milliers en raison de leur appétit immodéré pour les poissons et de leur concurrence évidente avec les marins -pêcheurs, les pisciculteurs et même les pêcheurs à la ligne. Une minuscule population a survécu aux Pays Bas autour d’Ijsselmeer. Au début des années 80 ces oiseaux se sont répandus à travers l’Europe après que l’espèce fut classée totalement protégée sur le continent.
De nos jours les 120.000 couples constituent une population viable et la croissance semble avoir atteint un maximum. L’espèce s’accroit encore uniquement dans quelques pays entourant la mer baltique.
Les raisons qui ont amenées au massacre des cormorans il y a juste 30 ans étaient nombreuses - et beaucoup d’entre elles se sont avérées injustifiées dans les années qui ont suivies.
Bien sur, les cormorans mangent du poisson - Un oiseau adulte a besoin de 400 à 500g de nourriture par jour. Dans une colonie de 2.500 couples, ce qui n’est pas rare, on arrive facilement à 2,5 tonnes de poisson/jour. Mais ils ne se nourrissent pas exclusivement d’anguilles ou de sandres ou d’autres espèces comestibles réputées. Ils choisissent de préférence ce qui est disponible facilement dans des proportions importantes : les poissons « blancs » comme les gardons ou les brèmes.
Assez cyniquement, les cormorans ont tiré profit de l’exploitation de masse et de la pêche intensive. Aux Pays Bas ils ont commencé à suivre les bateaux de pêche, se nourrissant des tonnes de déchets jetés par dessus bord chaque jour.
Des douzaines d’études scientifiques ont prouvé que ce n’est pas le cormoran mais la pêche excessive qui était la raison du déclin de l’anguille en Europe.
Dans les forum dédiés à la pêche à la ligne, on lit souvent que cet oiseau est une espèce non indigène, une espèce invasive venue de Chine ; cela en raison du nom latin complet de la sous-espèce continentale « Phalacrocorax carbo sinensis ». C’est une erreur car la présence du grand cormoran en Europe remonte à plusieurs dizaines de milliers d’années.
Cependant, les scientifiques et les protecteurs de la nature se sont rendus compte que cet oiseau avait une autre facette.
Dans beaucoup de lacs les cormorans ont appris à plonger pour attraper les poissons pris dans les mailles des filets. Ils volent les poissons et laissent souvent les filets sévèrement endommagés.
Ils ont également adapté leur stratégie de pêche : dans la baie de Lübeck, en Allemagne, vous pouvez les voir chasser par groupes de centaines ou même de milliers d’individus, quand les harengs viennent frayer dans les eaux calmes. Les cormorans poussent les poissons vers des secteurs peu profonds, où ils les capturent facilement.
À une moindre échelle et quand des lacs et les réservoirs sont gelés, les cormorans hivernant peuvent exercer une forte pression sur les petites rivières où l’ombre commun (Thymallus thymallus), une espèce en danger proche des salmonidés, vient se reproduire au début de l’année.
Enfin et surtout ils peuvent ruiner toute une saison de reproduction de la carpe en visitant les étangs et les lacs de ponte chaque jour. C’est l’une des raisons qui ont poussé à la fermeture plusieurs pêcheries dans le nord de l’Allemagne ces dix dernières années.
Il y a des bonnes nouvelles pour tous les protagonistes dans tout cela. Politiciens et protecteurs de la nature sont conscients que des actions locales, i.e. l’élimination des oiseaux, sont nécessaires ; plus qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent. D’un autre côté, les pêcheurs, les pisciculteurs et les pêcheurs à la ligne se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas continuer à agir comme ils faisaient depuis des décennies. De nouveaux filets sont développés, les associations de pêche et les gouvernements locaux mettent plus d’entrain pour rétablir les berges naturelles contre les cormorans le long des rivières et dans les lacs.
Les cormorans resteront au centre de l’attention des médias pendant un long, long moment. Je crois que c’est une bonne chose. La discussion au sujet du cormoran nous aidera à nous pencher sur notre attitude et nos actions dans ces domaines sensibles que sont la pêche et la conservation des espèces. Et c’est toujours nécessaire.
Pour ceux qui aimeraient voir les cormorans de près, je vous recommande de vous arrêter à Oosterdijk, une digue, au nord de la ville d’Enkhuizen aux Pays Bas. C’est là que je me suis installé dans un affût pendant trois jours (hé oui, je déteste toujours autant ces maudits affûts), avec l’odeur permanente des poissons en décomposition dans les narines et le bruit incessant du va-et-vient des cormorans des mes oreilles. Et puis, regardez un peu ces piafs : pas vrai que vous pensiez qu’ils étaient tout noir … ?
Machen Sie’s gut da draußen
Florian Möllers / Wild Wonders of Europe
P.S.
Tant qu’on y est : C’est le 300ème billet du blog du Wild Wonders of Europe!
Mille mercis à tous pour l’intérêt que vous y portez, nous tâcherons de le maintenir actif avec le plein de photos et des nouvelles du « front » !
Please note that blogs reflect our photographers' opinions and not necessarily those of the directors of Wild Wonders of Europe.













