Pete Oxford - Sierra de Andujár, Andalousie, Espagne
May 7th, 2009 Posted in Southern Europe, UncategorizedOther Languages:
Voilà, j’y suis ! Les instructions du Wild Wonders of Europe étaient datées d’un an et me disaient que j’avais l’occasion merveilleuse d’aller en Espagne et de photographier le félin le plus rare au monde. Un félin qui est la plupart du temps nocturne, qui se fond totalement dans son environnement, qui a une densité de population qui pourrait s’apparenter à celle d’une aiguille dans une botte de foin, qui est fondamentalement solitaire et la seule espèce féline à être classée par l’IUCN comme étant en danger critique d’extinction – le lynx ibérique.
J’ai entendu dire que des observateurs naturalistes, la plupart belges ou espagnols, viennent dans ce secteur pour voir le lynx sauvage. Ils sont souvent récompensés. Je me suis tenu avec eux sur une arête, donnant sur une vallée pendant de longues heures sans succès. Ils utilisent du matériel de digiscopie avec un grossissement pouvant aller jusqu’à 140x, ce qui est loin comparé à mon grossissement maximum de 17x (Nikon 600mm f4.0, convertisseur 1.4x & boitier D3).
Le projet Wild Wonders of Europe doit être gage de qualité, « Rapporte nous juste tes 200 meilleures photos de lynx », telles étaient mes instructions.
Heureusement j’avais été prévenu suffisamment à l’avance et j’avais passés de longs mois en conversations directes avec les grands directeurs des projets « lynx » en Andalousie. Quelques jours avant de quitter ma maison en Equateur j’ai même reçu, par la poste, des copies papier des permissions ministérielles officielles, me donnant quelques privilèges spéciaux. Ainsi, il y a à peu près 10 jours, je me suis installé, non pas avec les eco-touristes, mais sur un ranch privé de la Junta of Andalucia - habitat principal du lynx et le centre d’un effort scientifique de conservation organisé par LIFE.
Un des problèmes majeurs pour le lynx semble aujourd’hui être l’extrême pénurie de sa proie principale - le lapin. Ils ont été décimés dans le secteur, tout d’abord par la myxomatose puis, plus récemment par un virus hémorragique grave.
L’effort de conservation inclut deux types de protection, le premier est un espace clos de 5 hectares dans lequel vivent des lapins sauvages et comprenant de nombreux abris naturels ou artificiels La clôture est faite pour pouvoir être franchie par le lynx mais pas par les prédateurs plus petits. L’autre type de clôture est beaucoup plus petit et n’est mis en place qu’à certaines périodes (c.-à-d. quand les mères élèvent des petits - maintenant !) ; quelques lapins sont déposés artificiellement dans le secteur comme supplément de nourriture. On en place un aussi dans une cage à côté d’un piège photo de sorte que le lynx est photographié quand il veut prendre le lapin. C’est important pour l’identification individuelle du lynx et cela donne quelques données quant à l’individu, combien de fois il vient et sa condition physique. J’ai décidé de tirer profit de ce système et d’installer mon affût à côté d’une de ces clôtures.
Sur le chemin pour aller installer mon affût j’ai arrêté une autre voiture venant de la direction opposée. Le conducteur était un berger, je l’ai interrogé au sujet des traces de lynx. « Je viens dans l’coin chaque jour » a-t-il dit dans un accent rural épais, « j’ai jamais vu d’lynx de ma vie », a-t-il ajouté.
Je commençais à m’inquiéter !
Je suis maintenant de retour dans la civilisation après avoir passé 8 jours dans un affût. Après m’être réapprovisionné, je repars dès le lendemain matin pour à nouveau 10 jours de veille.
Ma journée commence dans l’obscurité. Sans même déjeuner je me lève dans un froid polaire, je règle mon chauffage de voiture sur la pleine puissance et puis je monte vers mon affût, un minuscule carré de 1m sur 1m. Je gèle, même avec 4 couches de vêtements. Je regarde à travers une fente minuscule dans laquelle le vent précipite et qui brouille ma vue en me mettant les larmes aux yeux – pas gagné pour apercevoir le lynx. A 9h07 les premiers rayons du soleil se lèvent au dessus des rochers et réchauffent mon visage. Mon torse et jambes, toujours à l’ombre, gèlent encore jusque vers 11h30. Vers midi mon affût est un four, j’ai ôté ma chemise et malgré cela je transpire abondamment. Je suppose qu’aucun lynx raisonnable ne serait dehors dans cette chaleur - mais qui peut savoir ! A 18h30, j’ai remis tous mes vêtements et ma température corporelle descend rapidement. A 21h00, je remballe tout et je quitte l’affût sans avoir eu la moindre opportunité de photo. Ces 14 heures de rigidité me font boitiller jusqu’à la voiture et je rentre avec le chauffage au maximum.
Pendant 5 jours rien n’a changé.
Le 6ème jour, après avoir connu, dans mon affût, une grande période de découragement, j’ai soudainement vu – au travers de la minuscule fente dans la toile - un lynx assis dans l’herbe - une femelle adulte. Il était 19h00 et il y avait encore de la lumière ! J’ai commencé à photographier pour capturer chaque moment. Quelques minutes plus tard - il y en avait un autre ! Le deuxième était le petit de la femelle - une jeune femelle d’un an. Quel soulagement alors que je commençais à me rendre compte que je tenais enfin quelque chose. Je voulais que le Wild Wonders of Europe soit content de m’avoir envoyé ici, pour valider leur choix et pour les rendre fiers ! Je photographiais un lynx sauvage pour la postérité - maintenant j’en voulais plus !
Le 7ème jour ne fut que la répétition des jours 1 à 5. J’ai su alors que j’avais eu beaucoup de chance.
Le 8ème jour était mon dernier jour complet avant de devoir me réapprovisionner. J’ai attendu. A 18h30 un troisième individu est venu. C’était une jeune femelle, portant un collier avec un émetteur GPS. La lumière était belle. Malheureusement elle ne s’est pas montré totalement, aussi j’ai fait ce que je pouvais.
Voici mes photos favorites jusqu’ici. - Souhaitez-moi bonne chance pour ma prochaine tentative.
Pour le Wild Wonders of Europe, Pete Oxford. Sierra de Andujár, Andalousie, Espagne.
Please note that blogs reflect our photographers' opinions and not necessarily those of the directors of Wild Wonders of Europe.











2 Responses to “Pete Oxford - Sierra de Andujár, Andalousie, Espagne”
By Jean-Marc SCHWARTZ on Jun 5, 2009
Hello Pete,
Je salue ici votre persévérance à obtenir des images de cet animal dans son milieu sauvage. Le lynx est mon animal préféré depuis mon plus jeune âge.
Félynxitation ( contraction de Félin-lynx-félicitations )
By Alain Mabille on Jan 25, 2010
Bonjour ! Je suis tombé sur votre blog par hasard … Je suis aussi légèrement fan … mais dans le Jura vaudois … je peux vous montrer quelques images si ça vous intéresse …