Wild-wonders.com  |  Contact  |  Links

RSS feed icon atom feed icon    Join Wild Wonders on YoutubeView Wild Wonders on FlickrJoin Wild Wonders on TwitterJoin Wild Wonders on FacebookJoin Wild Wonders on LinkedInView Wild Wonders on Slideshare  

Shop Cart  |  Tell a Friend!

Wild Wonders of Europe - the blog Wild Wonders of Europe Wild Wonders of Europe - the Blog

Magnus Lundgren - Saltstraumen, Norvège III

January 16th, 2009 Posted in Northern Europe, Uncategorized

Other Languages:

Un lieu (Pollachius virens), nageant dans le courant créant ses propres vibrations.

Plus que deux jours et nous avions toujours deux sujets principaux sur notre liste : la plus grande lotte de mer et les plus grands poissons plats du monde à trouver. Hmm… la discussion était animée avec nos guides Nico et Johnny. Ces deux rudes hommes du Nord connaissent cette eau comme leurs poches. Nous avons décidé d’aller y regarder de nuit.

Un tentacule d’anémone cherchant la lentille de mon objectif.
L’arrière plan est constitué du corps de Urticina feline.

Contrairement à ce que peuvent croire ceux qui ne plongent pas, la plongée de nuit ce n’est pas comme entrer dans une pièce noire. J’utilise des lumières et le stroboscope et c’est vraiment une grande expérience. La théorie voudrait que ce soit peut-être plus facile de trouver et approcher ces spécimens dans l’obscurité. Cet après-midi Johnny avait repéré trois flétans sur un surplomb peu profond à Sundströmmen. Nous avons conclu qu’une plongée de nuit, dans le sauvage Sundströmmen, serait trop demander. Ce serait trop risqué, nous n’aurions pas assez de temps pour photographier dans ces conditions difficiles.

Nico et Johnny nous ont parlé d’un spot de pêche reconnu un peu plus loin dans le fjord. Les gens y vont pour pêcher le « kveite » - le flétan. Ce n’est pas un spot à plongeurs car le paysage n’est pas fantastique. Le relief se laisse tomber droit dans les profondeurs du fjord avec des surplombs et des plateaux ensablés dans la descente. Là, en remontant dans Skjerstadfjorden, les courants sont beaucoup plus lents. Nico et Johnny ont pensé qu’ont pourrait avoir de bonnes chances par là-bas. « Mais il va vous falloir une sacrée dose de chance » nous a dit Johnny imitant l’accent du pêcheur suédois typique.

Une étoile de mer, Asteria rubens, se balançant sur une feuille de varech non loin de la surface.

Nous avons décidé d’utiliser les courants marins pour nous transporter, en nous laissant dériver avec le bateau suivant à distance. En nous laissant couler dans l’obscurité nous avons trouvé une pente assez terne. Nous avons dérivé pendant 20 minutes avant que le relief raide ne laisse sa place à de petits surplombs sableux. Rien. Des lieus noirs et des morues passaient dans la lumière de nos projecteurs mais rien d’autre. Je suis alors entré dans une sorte de mode type « somnolence d’après déjeuner ». Et j’ai vraiment eu une sacrée frousse quand je suis entré en collision accidentelle avec deux ou trois lieus qui nageaient dans le coin. Aïe !

Un énorme flétan, Hippoglossus hippoglossus, se jette presque sur moi. Un moment excitant!

Alors, émergeant du bleu, pardon, émergeant du noir, sur le surplomb, là, à seulement 2m, se tenait le poisson légendaire. Un immense, gigantesque mais néanmoins placide et calme poissons plat. J’ai pensé très fort à ce poisson sacré. Un grand flétan, Hippoglossus hippoglossus. Mon cœur s’emballait, et battait de plus en plus fort tandis que la distance entre  nous diminuait. J’entendais ma propre respiration résonner à mes oreilles. Je me suis arrêté immédiatement et j’ai saisi mon appareil photo, j’ai contrôlé ma respiration et je me suis approché - lentement, très lentement.

Le premier coup de flash décide de tout. Soit il reste, soit il part. Je savais tout cela  mais je n’ai pas hésité et j’ai pris ma première image. Le grand flétan ne s’en est pas occupé. Il n’a pas bronché. J’ai eu presque 5 belles minutes avant qu’il ne commence à bouger et qu’il ne nage lentement vers le fond. J’ai manqué la photo du « décollage » à cause de mon excitation. Pourtant, je souriais et riais dans mon régulateur d’air. Klas et moi avons nagé en cercle en mimant de disgracieux « coups de pédales », il s’agissait en fait de notre danse de victoire sous-marine. Grâce à Dieu, personne ne nous observait. C’était un moment de pure joie.

Le flétan, le plus grand de tous les poissons plats, est l’un des chasseurs les plus impressionnants de l’Océan Atlantique Nord. Son nom anglais « Halibut » est dérivé de ‘holly’, qui signifie ‘saint’, et de ‘butt’ qui veut dire ‘poisson plat’. Comme tous les grands poissons, les histoires sont nombreuses et diverses autour de sa taille mais il semble que le maximum se situe autour de 3.5m de long avec un poids maximum de 350kg, mais habituellement ils ne sont pas si grands.

Ce sont des prédateurs voraces qui mangent presque tout ce qui peut rentrer dans leur bouche, ce qui ne m’inclut pas. Etant au sommet de la chaîne alimentaire le flétan est très sensible à la surpêche. Il se développe et se reproduit extrêmement lentement et est malheureusement devenu bien populaire dans les assiettes de nos contemporains. Aujourd’hui le flétan de l’Atlantique est considéré comme une espèce en voie de disparition sur la liste rouge 2008 de l’UICN.

Plus tard nous avons trouvé encore deux flétans, mais plus petits. Ils étaient beaucoup plus nerveux et nous n’avons eu que peu de temps pour les photographier avant qu’ils ne décollent. Tandis que le dernier flétan sortait du faisceau de mon projecteur, Klas a fait clignoter sa torche m’alertant que quelque chose arrivait. Ce geste, répété de façon frénétique signifie « arrête immédiatement ce que tu fais et viens voir ce qui se passe ici. Tout de suite! »

La baudroie au masque de monstre, Lophius piscatorius, juste avant son décollage pour
un moment de nage dans les eaux noires du fjord. Surréaliste!

La torche de Klas illuminait un spécimen remarquable de la plus grande lotte de mer au monde, la mystérieuse baudroie, Lophius piscatorius. La tête était énorme avec une paire de yeux verts qui luisaient dans l’obscurité. La baudroie utilise une « canne à pêche » pour attirer de petits poissons devant sa bouche colossale. La « canne à pêche » est en fait le premier rayon de l’aileron dorsal où un bout de viande, «  l’esche », peut être déplacé de haut en bas et attirer de plus petits poissons. La baudroie ouvre alors sa bouche colossale en une fraction de seconde et y aspire le poisson. La plupart des lottes de mer, parfois appelées crapauds-pêcheurs, emploient cette technique avancée de chasse.

La baudroie tournant juste au-dessus de ma tête dans une attitude plutôt peu commune
pour une Lophius piscatorius, qui se tient plus volontiers immobile sur le fond.

Une autre particularité de cette chasseresse à l’affût : elle peut marcher. Elle emploie ses ailerons pectoraux et ventraux comme pieds et marche sur le fond de la mer. Très probablement pour pouvoir se déplacer un petit peu ici ou là sans trahir sa présence aux petits poissons insouciants qui nagent autour de cette énorme gueule camouflée.

Après quelques minutes la baudroie nous a surpris et s’est dirigée droit devant dans l’obscurité. J’ai suivi le lent poisson qui quittait le contact rassurant du fond marin. Après un moment la baudroie a tourné, peut-être attirée par ma torche, et a nagée directement vers moi. S’approchant, jusqu’à remplir totalement mon viseur. Elle s’est arrêtée juste au-dessus de ma tête. Ce poisson énorme est resté là pendant un bon moment et ne me demandez pas pourquoi. J’ai attendu tandis que Klas semblait très amusé.

Nous avons nagé pendant longtemps entre deux eaux avec la grande baudroie et nous l’avons suivie lorsqu’elle est retournée se poser sur le fond. C’était une expérience quelque peu surréaliste. Pfiouuu.

Un jeune loup, Anarhichas lupus, avec la teinte brune typique qui deviendra
bleue avec l’âge. Bien que jeune et petit, l’un de ces poissons a essayé de
perforer la combinaison de Klas, heureusement sans succès.

Lors de notre dernière nuit nous n’avons pu résister à faire encore un essai. Nous avons dérivé et avons recherché durant une longue plongée mais rien ne s’est produit. Aucun flétan - aucune baudroie. Juste à la fin de cette longue et dernière plongée à Saltstraumen nous avons déniché un tout jeune loup, installé comme un chaton sur une roche. Les jeunes ont une couleur plus brunâtre. Presque tout de suite, un autre jeune loup est venu nager près de nous. Nous avons donc dit au revoir à cette nouvelle génération de loups qui va peupler le puissant Saltstraumen dans les années à venir.

La mer est un endroit caché que tout le monde ne peut malheureusement pas découvrir. C’est une grande responsabilité de partager les images sous-marines avec autant de personnes que possible. Prendre soin de ses habitants et de l’environnement est une première étape dans la conservation. J’espère que certaines de mes images refléteront ne serait ce qu’une fraction de la majesté de cet endroit. C’est une faune particulièrement sauvage en Europe du Nord. Une merveille sauvage. Je suis reconnaissant d’avoir eu cette expérience et de pouvoir la partager avec vous.

Magnus Lundgren

Les tourbillons de Saltstraumen derrière les feuilles d’automne.
Un endroit spécial à revisiter, toujours avec le plus grand respect.


Please note that blogs reflect our photographers' opinions and not necessarily those of the directors of Wild Wonders of Europe.

Tags: , , , , , , , , , , , , , , ,

Post a Comment