Staffan Widstrand – Le bouquetin espagnol et l’art du flirt…
January 22nd, 2009 Posted in Southern Europe, UncategorizedOther Languages:
Tout commence par un bouquetin mâle, très macho, qui urine sur son propre visage.
Iuuww!
Et alors, il s’approche de la femelle de son choix, une petite chèvre élégante, bien évidemment en chaleur, comme le démontrent les 5 mâles lubriques qui se tiennent tout autour d’elle.
Le mâle avec son visage toujours dégoulinant de sa propre urine, fait un pas courageux en avant, et étire sa langue, l’agitant de tous les côtés ! Pas seulement une ou deux fois mais pendant des heures et des heures. Attendant patiemment que la femelle réalise qu’il est réellement le « bon cheval ».
Elle le regarde fixement, dans l’incrédulité la plus totale, tout comme le ferait n’importe quelle fille dans une situation semblable. Il a l’air vraiment bizarre.
Mais, et c’est là que je me rends compte que les humains et les bouquetins sont quand même un peu plus différents que vous pourriez le penser, après deux jours de ce petit jeu de « pipi-visage » et de « tire-langue », elle succombe finalement et le laisse la monter. Une jeune femme humaine n’aurait jamais choisi un soupirant aussi puant et obscène, non ? Après réflexion, je me rends compte que j’ai probablement déjà vu cela arriver, et même un certain nombre de fois…
Peut-être ne sommes nous pas si différent après tout…
Je suis dans la Sierra de Gredos en Espagne, une chaîne de montagne sauvage à quelques 200 kms à l’ouest de Madrid, gentiment accompagné ici par Mariano Cano Gordo et Joaquín González Gómez, président et vice-président de l’association espagnole des photographes de nature, AEFONA.
Non seulement ils ont eu la gentillesse de nous accompagner ici, moi et mon assistant Hampus Hagstedt, mais ils ont également pensé à nous procurer le permis de photographie nature sacrément important ici! En Espagne, dès que vous utilisez un appareil photo avec ce qui ressemble de près ou de loin à un trépied, vous êtes considéré comme « professionnel » et par conséquent vous avez immédiatement besoin d’un permis officiel pour chaque réserve ou chaque parc naturel. Pas un laissez-passer général, mais bien spécifique, limité dans le temps et dans l’espace. Ce qui prend beaucoup de temps et d’efforts. Vous devez systématiquement vous déplacer à la préfecture qui édite ces laissez-passer pour être sûr de les obtenir. Leur aide sur ce point précis fut vraiment la bienvenue.
Après seulement 30 minutes de présence sur place, le premier garde est venu vers nous et nous a demandé nos permis.
Nous venons juste de quitter notre hôtel dans le petit village de montagne de Hoyos del Espino et nous arrivons au bout de la route. J’ai voyagé en Suède avec 0 degrés C, je pensais que l’Espagne ensoleillée serait agréable et chaude. Mais ici, tout en haut, il fait -8°C ! ! Un froid glacial, mais ayant pour résultat un ciel clair et bleu et un air limpide.
Le bouquetin, ou chèvre de montagne, l’espèce originale dont la plupart des espèces de chèvres domestiques sont issues, à fait un retour étonnant durant les 20 dernières années. Pratiquement au bord de l’extinction, le bouquetin revient maintenant en force, puisqu’on le compte désormais en dizaines de milliers de têtes.
Bien installés ici, puisque protégés depuis 30 ans, ils ne sont pas du tout effrayés par la présence humaine
Cela aide naturellement, mais le problème c’est qu’ils grimpent comme - des cabris !
Souvent cela signifie qu’ils sont pratiquement sur l’horizon, dans les secteurs les plus raides de la montagne.
C’est un autre exemple d’une relation harmonieuse homme-faune en Europe.
Afin qu’une telle population d’animaux ou d’oiseaux devienne si peu farouche, deux choses sont nécessaires, et c’est ainsi partout dans le monde :
1 : Si les gens ne nuisent pas, ne tuent pas, ne chassent pas ou n’harcellent pas la faune, celle-ci comprend bientôt que les humains ne sont pas dangereux.
2 : Les animaux doivent rencontrer beaucoup de gens qui ne les harcellent pas, ne les tuent pas, ne les chassent pas ou ne leur nuisent pas.
La combinaison de ces deux conditions fonctionne partout.
Et si le processus doit être accéléré, on peut toujours ajouter l’élément de la nourriture…
Cependant cela n’est pas nécessaire ici, et d’ailleurs ce n’est pas autorisé.
Nous grimpons et descendons les flancs de montagnes toute la journée, de l’aube au crépuscule. Cherchant notre équilibre entre des rochers et d’autres, avec nos trépieds, nos objectifs de 600mm et tout notre lourd équipement… La neige, les lichens et mousses glissantes, l’argile et la boue, c’est un vrai défi pour prendre des photos, même si les animaux ne sont pas farouches du tout.
Le bouquetin se déplace sur des surfaces presque verticales comme si c’était une promenade en parc.
Leurs sabots fendus semblent presque auto-adhésifs, un peu comme les doigts des gecko, ils semblent coller à la roche mieux que toute autre chose.
Ces bouquetins ibériques ou espagnols sont très différents dans leur aspect des bouquetins des Alpes.
Leurs cris semblent différents, ils sont plus petits en taille et ils ont des motifs très élégants sur le corps, avec une toison dont la couleur s’étend du noir au beige.
Encore une autre merveille sauvage d’Europe.
Staffan Widstrand
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