Linda Pitkin - îles Lavezzi
October 9th, 2008 Posted in Southern Europe, UncategorizedOther Languages:
Au-dessus de Bonifacio en Corse méridionale, sur le chemin côtier exposé, le vent m’arrache presque mon T-shirt et essaye de me faire chavirer. Heureusement que nous ne comptions pas plonger aujourd’hui Nous sommes arrivés la veille, avec mon mari et mon camarade de plongée Brian, pour attraper notre bateau avant qu’il ne parte pour les îles Lavezzi. Heureusement, les conditions seront meilleures demain quand ma mission commencera sérieusement. En tant que photographe sous-marin, mes occasions seront limitées aux plongées que le bateau peut offrir, et les temps de plongée seront d’environ une heure selon la profondeur et comment je gère ma réserve d’oxygène, mais je prévoie d’exploiter à fond chaque minute.
Mérou sombre (Epinephelus marginatus) à « Mérouville » dans les îles Lavezzi. Ce poisson a plusieurs copépodes parasites sur la tête.
1er jour de la mission
Notre bateau, « Galiote » patiente ce matin dans le calme du port, en attendant de s’élancer dans les creux de 3m et dans l’écume blanche. L’après-midi nous croisons près des îles Lavezzi et nous allons enfin dans l’eau, dans une baie calme où Günther, capitaine du Galiote depuis 28 ans, sait que nous verrons les mérous sombres que je recherche pour ma mission. J’ai plongé presque partout dans le monde mais c’est ma première plongée en Méditerranéen et c’est une grande aventure. Nous plongeons, nageant lentement au-dessus d’un tapis d’herbe marine et autour des rochers, et pendant un moment j’angoisse car je ne vois rien d’autre, mais soudain nous reprenons espoir. Nous remarquons un mérou dans une crevasse entre quelques rochers, et puis encore un autre. Ils sont d’abord un peu timides mais bientôt la curiosité les gagne et ils commencent à nous suivre. Ce sont de grands mérous, environ 2 pieds de long et un corps massif, ainsi je peux utiliser mon objectif favori, un zoom 10-17mm. A la fin de la plongée j’ai engrangé quelques images, bien que l’eau ne soit pas aussi claire que je le voudrais - le temps venteux a remué les particules de sable. Le Galiote se dirige vers la crique suivante tandis que nous sommes en plongée et la plupart des plongeurs nagent en rond pour finir leur plongée et retourner au bateau. Cependant, les photographes ne sont pas du tout comme les plongeurs ordinaires, nous restons sur le même spot pendant un siècle, particulièrement si les sujets sont coopératifs et si les photos vont bien. Ainsi quand nous faisons surface, nous n’avons pas atteint la crique et ne pouvons pas voir le bateau. Par la suite Günther nous ramasse ainsi qu’un autre photographe. Nous vivons sur le Galiote et il mouille l’ancre dans la crique pour la nuit. La majeure partie des plongeurs et l’équipage sont allemands, ce qui est un peu frustrant car je m’étais entrainé au français et maintenant je lutte pour me souvenir de quelques mots d’allemand ; mais je n’en ai pas vraiment besoin puisque la plupart parle anglais couramment.
Un banc de barracudas (Sphyraena viridensis)
2ème jour de la mission
Nous plongeons à Perduto, un emplacement où nous espérons voir des barracudas, et par chance nous sommes pile à l’endroit du récif où ils sont. Ils sont dans la seule partie calme de l’eau, tout autour il y a de forts courants et nous employons beaucoup d’air à lutter pour rester le long du récif, ainsi je m’érafle les doigts en saisissant les roches pour me retenir. Il y a un autre photographe « pro » parmi les plongeurs à bord mais il a décidé de ne pas prendre son appareil-photo durant cette plongée en raison du courant. Pour moi une plongée sans mon appareil photo est inimaginable, même en conditions difficiles. Les barracudas sont en banc de 50 à 100 individus, un peu ballotés et dispersés mais cela reste toujours une vue impressionnante, et je travaille rapidement pour capturer quelques images dans les quelques minutes restantes avant de devoir retourner vers le bateau et finir la plongée. Néanmoins, nous ne pouvons pas remonter le long de l’ancre et, bien que nous soyons près du bateau, nous dérivons rapidement assez loin le temps d’arriver jusqu’à la surface. Heureusement ils nous aperçoivent et envoient le petit zodiaque pour nous récupérer. Il faut le mériter pour faire une rencontre si passionnante en Méditerranée.
J’avais espéré que nous plongerions ensuite au célèbre spot de Mérouville (ville des mérous), mais le courant devait y être également très fort et du coup nous plongeons dans la même crique que l’après-midi précédent. Cette fois nous attendons 40 minutes avant qu’un mérou sombre ne s’approche, ils sont pourtant deux, bien cachés sous les rochers. Le mérou devient plus audacieux tandis que la plongée touche à sa fin et il nous suit jusqu’à la ligne d’ancre de notre bateau.
Un nudibranche, la flabelline mauve ou limace de mer (Flabellina affinis)
3ème jour de la mission
Nous pourrions plonger à Mérouville mais un autre bateau se dirige là-bas avec 40 plongeurs à bord. Nous ne voulons pas une mer de jambes sur nos photos et à la place nous plongeons au site dit de la « tête de cheval », un emplacement baptisé du nom de la forme d’un impressionnant rocher. L’après-midi mes espoirs pour Mérouville sont anéantis à nouveau, comme cela se produit souvent autour de ces îles exposées, le vent soulève la mer et nous allons plonger à un emplacement calme, moins profond que le matin. Au-dessus de l’eau, les îles de Lavezzi sont un pêle-mêle d’énormes roches arrondies ; sous l’eau la scène est identique sauf que les rochers sont encroûtés d’éponges et d’anémones colorées.
4ème jour de la mission
Nous nous réveillons par un beau jour calme et ensoleillé mais très vite cela devient terrible ! Il y a courant très fort à la surface et bien qu’il y ait une corde que nous pouvons utiliser pour arriver, main après main, à l’emplacement de la plongée, nous ne pouvons pas le faire avec nos caissons pour appareils photo et pour flashs trop encombrants (Nikon D80 dans un caisson Sea & Sea), et nous abandonnons la plongée. Je suis si déçue… Heureusement la prochaine plongée me donne enfin ce que j’avais espéré - une belle rencontre avec les grands mérous à Mérouville. Les mérous sont merveilleux, ils saluent Günther comme un vieil ami, et ils nous tournent autour comme les chiens familiers. Il y a très peu de courant et la session se déroule bien. Je passe une grande partie de la plongée à la profondeur de 25-30m et après 30 minutes ou presque je dois laisser les mérous (à contrecœur) et je décompresse pendant plusieurs minutes avant de faire surface. Nous avons encore deux jours à passer sur le bateau. Les occasions ne manqueront pas, je l’espère.
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